L’histoire d’une mère et professeur – Jen S.

  • Qui est-ce? 

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Jen est une historienne d’art qui habite à San Francisco. Elle était professeur d’Histoire de l’Art au niveau supérieur à Berkley pendant quelques années. Elle est mère de trois enfants qui sont couramment dans le système éducatif public de San Francisco. De plus, elle est une curateur d’expositions d’art très dévouée.

Par émail puis par téléphone, on a put en savoir plus sur son point de vue sur le sujet de la discrimination raciale aux États-Unis. Passionnée et intelligente, Jen donne une opinion travaillée et rafraichissante.

  • Questionnaire:

Q: Où avez-vous fait vos études? Où avez-vous enseigné ?

R: Diplômée en 2012 à UC Berkeley avec un doctorat en Histoire de l’art. Actuellement conservatrice (curateur) indépendante et écrivain basée dans la Bay Area. J’ai enseigné en tant que GSI à UC Berkeley.

Q: Quelle est votre origine ethnique?

R: Caucasien,

Q: Quelle est votre origine sociale?

R: Mon père est un professeur retraité qui a travaillé à l’Université d’Harvard. Ma mère est une avocate retraitée qui a travaillé pour le gouvernement du Massachusetts puis a dût arrêter de travailler à cause d’une maladie. On a vécu à Concord, MA, une ville libérale et chique en banlieue de Cambridge, MA. Mon frère et moi ont fréquenté un mélange d’écoles publiques et privées avant d’accéder à l’université. J’ai étudié à Harvard College pour mon premier cycle et j’ai étudié à l’Université d’Oxford pour ma maîtrise. Je décrirais ma famille comme appartenant à la classe moyenne (économiquement). Mais grâce à leurs carrières réussies, surtout mon père en tant qu’archéologue, nous avons eu de nombreuses chances intellectuelles et voyages que nos paires n’ont pas nécessairement eux.

Q: Comment gérez-vous l’égalité des chances à votre université?

R: Je parlerai plus précisément de UC Berkeley, qui a un corps d’étudiant très diversifié d’un point de vue ethnique. Malheureusement, les coûts croissants pour les étudiants rendent l’université hors de portée pour de nombreuses familles à revenu moyen et inférieur. L’université souhaite activement maintenir une population étudiante diversifiée et prendra en compte ces informations, quand possible, lors des admissions. Cependant, je ne sais pas comment cela pourrait informer les allocations d’aide financière.

Q: Avez-vous remarqué une présence évidente de la ségrégation raciale entre les étudiants?

R: D’une part oui, les étudiants choisissent souvent de passer du temps avec les élèves de même race ou groupe ethnique, en particulier s’ils participent dans un club qui se concentre sur une race ou un groupe ethnique spécifique; d’autre part, d’autres affiliations, comme les équipes sportives, les clubs politiques, etc. transcendent la race et les groupes ethniques et favorisent différentes connexions. Parce que le campus est vaste et diversifié, la ségrégation est moins visible que dans les petits campus.

Q: Comment décririez-vous votre salle de classe typique d’un point de vue racial et socioprofessionnel? Comment vous vous sentez à ce sujet?

R: J’enseigne l’Histoire de l’art. Les sciences humaines ont en général été sous une grande pression pour justifier leur existence dans l’université et comme intermédiare vers une carrière. Ainsi, ce département est celui le plus occupé à maintenir un nombre d’étudiants minimum, et donc ne sa’dresse pas spécifiquement à la diversification de la population étudiante. Les salles de classe ne sont pas aussi diversifiée que le campus lui-même, mais elles ne sont certainement pas complètement blanches.

Q: Avez-vous remarqué la présence récurrente de certains groupes ethniques en cours spécifiques? Comment interprétez-vous ce fait?

R: Les étudiants d’histoire de l’art ont tendance à provenir de milieux relativement privilégiés. Mais ce n’est pas toujours le cas. Une grande partie de ceci est dût à la façon dont l’art et l’argent sont imbriqués dans notre société.

Q: Pouvez-vous relier la race ou l’origine sociale des élèves aux difficultés universitaires?

R: Ce qui vient à l’esprit est en fait la difficulté que de nombreux étudiants plus âgés (ceux qui fréquentent l’université plus tard pour une raison quelconque) ont à rester activement flexibles dans leurs réponses. Par exemple, une femme qui était quelques décénies plus âgée que la plupart des élèves de la classe, a travaillé dix fois plus dur que la plupart des étudiants, mais elle n’arrivait pas à présenter son travail de manière créative. Elle s’est plongée dans une mémorisation.

Q: Que seraient des solutions efficaces pour réduire les inégalités raciales et sociales universitaires?

R: Les étudiants qui ont fréquenté des écoles privées très compétitives avant l’université sont formés très différemment que ceux qui fréquentent les écoles secondaires publiques. La préparation fait particulièrement défaut dans le domaine de la pensée analytique. Les enfants privilégiés ont été préparés à analyser des problèmes de manière complexe pendant plusieurs années avant qu’ils atteignent l’université. Des ateliers et des programmes créés pour soutenir le développement de l’enseignement de  l’analyse sont des éléments très importants qui pourraient inciter les universités à aider à égaliser le terrain de jeu qui est très inégal à la base. Des compétences de rédaction sont souvent beaucoup plus sophistiquées chez les étudiants qui ont assisté à des écoles d’élite avec des entraineurs de rédaction et petits ratios “élèves-enseignants”. Le mentorat de la rédaction est également très important.

Q: Avez-vous remarqué des inégalités raciales parmi la faculté? Comment pouvez-vous expliquer ceci?

R: Absolument. L’éducation supérieur est en retard par rapport à beaucoup d’autres professions à l’égard de la diversité. La plupart des professeurs titularisés restent blancs et de sexe masculin. Les statistiques montrent que les hommes qui sont mariés avec des enfants sont les plus susceptibles à recevoir un mandat à une université. Comme les universités comptent de plus en plus sur l’auxiliaire du corps des professeurs et ne renouvellent pas les postes permanents ce problème s’aggrave énormement.

Q: Que peut être améliorée pour diminuer ou éliminer les inégalités socio-professionnelles dans votre université ou dans l’ensemble du système américain?

R: Nous devons attaquer ces inégalités bien avant le niveau universitaire. L’inégalité socio-professionnelle commence à l’école maternelle et se perpétue par un système de ségrégation économique et géographique urbain dans lequel, même dans les écoles nominalement publics, les communautés les plus riches sont en mesure de compléter les fonds gouvernementaux et d’améliorer la qualité de leurs écoles en finançant des membres du personnel supplémentaires et des activités d’enrichissement.

Q: Que peut être amélioré pour diminuer et/ou éliminer les inégalités raciales dans votre université ou dans l’ensemble du système américain?

R: Plus d’argent du gouvernement pour l’éducation publique de ce pays!

  • Le suivi:

Captivés par ses réponses, nous avons décidé de faire un suivi par email. Elle s’est surtout concentrée sur ce qu’elle a pu observer chez ses enfants dans le système éducatif maternelle et primaire à San Francisco. Ce qu’elle nous a dit est à la fois touchant et inspirant. Elle choisit de prendre comme exemple l’étude de cas de la situation scolaire de son fils. Voici la version traduite de ce qu’elle nous a envoyé. Bonne lecture:

Voici mes pensées:

La rôle que la race joue dans la salle de classe au niveau supérieur est un problème systémique qui commence beaucoup plus tôt, peut-être même à l’école maternelle. Si on prend San Francisco comme étude de cas, on observe que les quartiers les plus pauvres de la ville sont des quartiers qui sont principalement Afro-Américains ou Latino. Le “school district” ne prévoi pas des places dans les écoles publiques en fonction du quartier dans lequel on se trouve (c’est-à-dire, vous ne pouvez pas simplement rentrer au bureau et recevoir une place dans l’école locale), il faut surmonter la ségrégation raciale (surtout par rapport à la division entre l’Ouest, historiquement une partie riche et beaucoup plus blanche de la ville, et l’Est, historiquement afro-américaine et latino qui se développe rapidement aujourd’hui). Le quartier auquel vous appartenez est, cependant, un facteur parmi une multitude d’autres facteurs que le “district” prend en compte. Ces derniers comprennent les questions suivantes: Avez-vous déjà un frère à l’école? Est-ce que vous vivez dans une zone Ctip1 (une zone avec des contrôles aux scores historiquement bas et qui est souvent, mais pas toujours, est très proche des quartiers à faible revenu de la ville)? Parlez-vous la langue qui est utilisée pour mener la journée scolaire (dans le cas des programmes d’immersion)? Est-ce que vous habitez dans le quartier (pas pris en compte par les programmes d’immersion linguistique et d’autres programmes instaurés par la ville)?…

J’ajoute tous ces détails fastidieux pour vous montrer que la ville tente de faire face à la ségrégation économique et raciale présente en créant ce système de loterie complexe, mais ce système n’est pas capable de prendre en compte un certain nombre de détails de la vie réelle: Plusieurs individus qui se trouvent dans une zone à score faible (qui pourraient grâce à la loterie accéder à l’une des meilleures écoles de la ville qui se trouve dans un quartier différent (c’est à dire beaucoup plus riche)) ne sont pas informés au sujet de cette loterie jusqu’à juste avant que l’année scolaire commence (si jamais), et il est donc trop tard d’obtenir une place dans une bonne école et / ou les individus n’ont aucun moyen d’envoyer leur enfant à une école à l’autre côté de la ville, et / ou pour des raisons culturelles, ils préfèrent l’école du quartier (même si elle connait de faibles résultats aux tests, peu de possibilités d’enrichissement, et fait preuve de ségrégation raciale en incluant majoritairement les enfants pauvres de couleur. La matrice pour déterminer ce qu’est une *bonne* école est à la fois complexe et personnelle, mais les résultats des tests en font partie, tout comme les activités d’enrichissement (toute activité extra-scolaire qui n’est pas lecture, écriture, mathématiques), le budget PTA et la place de la participation des parents.

De manière très simple: en général, les écoles les plus riches (ceux qui amassent des fonds privés en plus des fonds publics insuffisants qu’ils reçoivent) sont plus attirants, soutiennent mieux leurs enseignants, et offrent plus d’”extra” à leurs élèves. Ces écoles ont tendance à être situé dans les quartiers Ouest de la ville, bien que cela a un peu changé avec l’évolution des quartiers de la ville. Une école peut rarement rattraper le rythme de la gentrification au cours du temps, particulièrement parce que plus de 30% des parents à San Francisco optent vers une école privée (un pourcentage très élevé, supérieur à celui de New York). Ainsi, les parents peuvent s’installer dans des quartiers moins luxueux, mais envoyer leurs enfants à une école privée dans un quartier différent.

Mon fils aîné (aujourd’hui en CE1) est allé à trois écoles différentes dans le SFUSD (San Francisco United School District) au cours de 18 mois. Nous sommes retournés à San Francisco quand il était en CP. On venait de quitter une école française, mais on ne pouvait pas se permettre de mettre trois enfants dans les écoles privées de la ville, donc on l’a inscrit dans un programme de “Spanish immersion”. Je savais tout sur la façon dont le système de loterie fonctionnait parce qu’une autre mère blanche de la classe moyenne m’avait expliqué le processus en grand détail. De plus, l’automne dernier, je ne travaillais pas et pouvais donc me permettre de passer trois semaines au bureau de placement éducatif pour essayer de changer le placement de mon fils. En fin de compte, cette persistence, possible que grâce au travail de mon mari, nous a permis de faire le premier changement des périodes de transfert régulières. Je crois que j’ai pu réaliser ce changement car j’étais visible, présente, et je sentais que j’avais le droit à une meilleure école pour mon fils (basée sur ma propre formation), et finalement, parce que la personne qui m’a aidé à faire cet échange connaissait ma propre formation au niveau de l’enseignement supérieur (il s’était connecté à moi sur linked-in) et pensait que ça avait de la “valeur” pour lui de m’aider du mieux qu’il le pouvait. Donc, cette loterie sensée être aveugle à tout ce qui est race et classe sociale n’est pas vraiment aussi égalitaire qu’elle prétend l’être.

On a commencé l’année avec le “Spanish-immersion” dans une école à Bayview. C’est traditionnellement une école afro-américaine qui a ajouté un programme de “Spanish-immersion” parce que c’était une façon d’attirer les parents riches qui cherchent l’immersion et parce que ça aide les communautés pauvres, monolingues espagnoles. Soren (mon fils) était le seul enfant blanc dans sa classe, le seul anglophone, et il était l’un des deux enfants blancs à l’école (l’autre était en maternelle et a depuis transféré hors de l’école). Tout le monde savait qui il était. Dans sa classe, l’enseignant a essayé d’encourager les autres enfants à le connaître en introduisant des mots français avec l’espagnol, mais cela le rendait encore plus étrange. J’étais l’un des deux parents qui ont assisté à la journée de retour à l’école. Aux portes de l’école, il y a a des gardes de sécurité (hommes très sympas qui étaient étudiants quand ils étaient enfants) et une femme qui distribue des “late slips” à toute personne entrant dans le bâtiment 30 secondes après la sonnerie. Je mentionne cette dernière partie parce que les buts primaires de cette école étaient la fréquentation et la sécurité, ce qui signifiait qu’il y avait moins de temps, d’énergie et d’argent consacré à l’apprentissage supplémentaire. 95% de la population de cette école recevait des repas gratuits. L’école était située dans un quartier avec aucune épicerie, n’avait pas de PTA pour prélever de l’argent, et avait une population de parents qui ne pouvait pas contribuer aux levés de fonds, ou qui ne faisaient du shopping à des magasins qui pourraient contribuer (par exemple sports Basement donne 10% de chaque vente à l’école auquel on appartient “si” elle a été enregistrée dans leur système par un parent). Est-ce que les enseignants de cette école traitent les étudiants différemment en fonction de leur race? Eh bien, apart Soren qui connaissait un statut de quasi-célébrité parce qu’il était visiblement différent, pas exactement, mais l’école accueillait un grand nombre d’élèves les plus pauvres de la ville, dont presque tous sont hispanophones (monolingues) ou afro-américains (vs familles bilingues riches) et l’école elle-même doit accentuer plus sur les questions les plus basiques de l’absentéisme et de la sécurité plutôt que le côté académique ou  l’apprentissage social.

Après deux mois, nous avons changé à une école dans le quartier de l’Excelsior, qui est très diversifiée et pas particulièrement riche, mais plus directement relié à la ville car il longe le corridor de la mission, et certainement plus riche que le Bayview. Cette école a environ 85% des étudiants qui reçoivent leur déjeuner gratuit. L’école comporte trois volets d’éducation: l’éducation générale (en anglais), le “Spanish-immersion”, et le “Cantonese-immersion”. D’un point de vue racial, l’école était plus diversifiée que Bret Harte, mais avec beaucoup moins d’étudiants afro-américains. La PTA, géré par environ 12 parents enthousiastes, a soulevé $ 40,000 et les parents cherchaient activement des subventions pour l’école (qui a un revenu suffisemment faible pour qualifier pour les subventions supplémentaires). Ils avaient récemment ajouté le foot et le baseball comme activités extra-scolaires, en grande partie parce que l’un des parents a offert d’être l’entraineur pour les deux activiés (il était aussi le chef de la PTA). Les enfants reçoivent toujours des “late slips” lorsqu’ils arrivent en retard, et il ya une préoccupation particulière à la révocation des étudiants laissés à leurs parents, mais il n’y a pas de gardes de sécurité, et la politique était un peu moins stricte et plus sympathique (enfants reçoivent un timbre sur leur main, pas un bout de papier qu’ils doivent donner au professeur).

Cette année, on a envoyé Soren à une école de Noe Valley, et mon autre enfant commence également sa transition maternelle là bas. Cette école a deux volets: l’enseignement général et le “Spanish-immersion” et a moins de 50% des enfants qui reçoivent un déjeuner gratuit (ils n’acceptent pas un taux inférieur à celui-ci). Le PTA soulève $400 000 par an et fournit des professeurs de sciences et d’art grâce aux fonds supplémentaires. Il ya aussi plusieurs équipes sportives (équipes de foot par exemple, deux équipes de garçons et une de filles, si on compte que les CE1) et des activités supplémentaires, des sous-commités du PTA pour les arts, les sciences, les mathématiques, les soirées d’accueil, et les clubs (comme les échecs). L’école est majoritairement blanche et latino, avec quelques enfants afro-américains et asiatiques, et de nombreux enfants mixtes (nettement plus que dans l’une des écoles précédentes). Ici, il faut apporter volontairement notre “late slip” au bureau si on est en retard (mes enfants courrent souvent dans leurs salles de classe quand ils sont en retard et personne ne s’y oppose) et les enfants sont envoyés à la cour de récréation par leurs profs à la fin de la journée, sans gardes de sécurité et sont remis directement aux parents (cette dernière différence est stressante pour moi car je ne peux jamais trouver mon aînée qui est avec des amis). L’école a une longue histoire artistique, et un four pour le potterie. Ainsi, les murs sont couverts avec de l’art vibrant et des mosaïques. Il ya un jardin d’école qui est utilisé pour enseigner les sciences environnementales (à travers le programme: “Education Outside” qui est également financé PTA). Quand je compare la population des parents de ces trois écoles, celle de cette troisième école est beaucoup plus riche et détient plus de droits. Ils peuvent faire des suggestions aux enseignants à propos de ce qu’ils veulent. Puisque cette école soulève beaucoup d’argent (et l’a fait ceci depuis des décennies), elle est en mesure d’offrir aux étudiants plus d’activités et d’options. L’école reste très recherchée au niveau de la loterie, ainsi les population qu’elle accueil (majorité blanche, avec une population hispanophone significative et une plus petite présence de toutes les autres races) reçoit une éducation plus développée et riche.

  • À l’origine, la question qui se pose (et qui se résume) est: Quelles écoles ont de l’argent et quelles écoles n’en ont pas? Cependant, comme c’est souvent le cas dans ce pays, les problèmes liés à la race sont très prochement liés au problèmes liés à l’argent.
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